mercredi 30 septembre 2015

100 KM de Millau- La course parfaite, 26/09/15

Nous y voilà, le 100km de qui me faisait rêver y a deux 2 ans, mon soit disant premier objectif ultra relegué à 2015. Il aurait dû être mon premier mais je lui ai fait quelques infidélités, poussez par mon entourage et je ne regrette pas. Franchir pour la quatrième fois cette distance en 1 an, m' a sûrement aidée à vivre une journée magnifique !





Tout était réuni pour çà, tout d' abord mes parents présents, avec mon papa comme suiveur après s' y être proposé cet été. Les copains du club de l' AS Nandy, 12 membres. Les copains coureurs du quatre coins de la France. L' absence de stress. Et un temps idéal ont fait que je me suis retrouvée là comme lors d' une grande réunion de famille, la famille de la course à pied, celle de l' ultra que j' aime tant retrouver à chaque fois.

Parti de Paris le vendredi matin avec mes acolytes Marc et Francine, nous traversons la France en direction de Millau dans la bonne humeur comme toujours. Tout va bien, les enfants sont à l' école, Marion et Philippe gèrent la sortie des classes jusqu' au retour de Chris. Un grand merci les amis.
Une petite contrariété sur la route, je m' aperçoi que j' ai oublié le sac avec les sacoches du vélo. je passe un appel à mon père et il me rassure, il va aller chercher une petite caisse en plastique à installer sur le porte bagage et c' est réglé. Il est top.


Nous arrivons sur Millau, direction le parc de la Victoire où nous retirons les dossards, petit tour du lieu où l' on se croirait sous les halles du marché avec tout ces produits régionaux en vente. Quelques rencontres dans la bonne humeur, échange avec M. Cottereau, le père fondateur de la course, immense coureur, un très sympathique moment. Et puis avec la star de Millau, Nolwenn, elle chante pas, elle court. Et demain elle sera sur le marathon sans prépa. Ils sont comme çà les millavois, enfin Nolwenn oui, et puis sont truc c' est le trail avec ses chiens, je crois... je suis bien contente de la rencontrer en vrai de vrai, elle me fait moins peur que sur sa photo de profil ! En fait elle me fait pas peur du tout, elle est pétillante et sympathique!

Bon y a encore du boulot avant demain, faire les courses, récupérer notre logement, retrouver mes parents, faire le briefing devant un verre de cidre, faire notre rice party, retrouver Nadia, raconter encore et encore des conneries. La pré-course c' est toujours épuisant !





Le jour J, petit dej au chalet avec la fine équipe, Marc, Francine et Juan qui nous a rejoint à l' apéro hier soir, le petit mali !. On reçoit un sms d' Alain notre président pour nous souhaiter une bonne course, çà nous fait chaud au cœur. Puis direction Millau plage où l'on trouve une place, la place de Marc comme chaque année, sous le parc de la Victoire. Vite dit la Victoire, j' ai oubliée mes lunettes de soleil à ma vue au logement...petit coup de fil au padre, on fait une aller/retour en scooter chercher le précieux et récupérer le GPS de la Francinette qui entre temps s' aperçoit du truc.
Bon va falloir qu'on se remette la pression, il me semble qu' on est un peu trop détendu du string.
Je fini de me préparer en compagnie des Carole et Emir, nos Lapins Runners nationaux.
Après dépose du sac à la consigne pour l' arrivée, on se regroupe avec le club, photo de groupe, une puis deux, puis...enfin plein jusqu' au départ où nous partons avec le peloton en procession à travers les rues de la ville jusqu' à l' arche, soit environ un petit kilomètre.



Le départ est donné à 10h00, on met trois petites minutes pour passer l' arche .On slalome un peu avec les copains avant de trouver notre propre rythme.
Il fait encore un peu frais, je garde ma veste, enfin la veste Salomon de Chris à 300 boules sur moi, je brille un peu et il court un peu avec moi du coup.
Mon père m' attend à Aguessac avec les autres suiveurs à 7 km du départ. C' est bien organisé, il est dans la zone A sur la droite, car mon dossard est compris entre le 1 et le 300 et à droite car c'est un chiffre pair. A l' entrée du village M. Cottereau est là sur le bord de la route, et contemple le peloton passer, je le salut et me le rend par un signe de tête.
A la sortie du village je retrouve mon père avec une cohorte de filles bien briefées qui hurlent mon prénom. What the fuck !!! je rigole bien. Papa est heureux, y a des vélos partout, une bonne ambiance dans le troupeau. Ca papote et charrie, il trouve çà chouette.
Je lui refile La veste, et lui dit qu' il peut aller à son rythme, s' arrêter et partir devant comme il veut que j' aurais juste besoin de mon bidon de boisson de récupération toutes les heures pour quelques gorgées. Il va et vient, discute avec d' autres coureurs. Les kilomètres défilent un peu vite, j' essaye de me freiner de peur de me griller pour la fin mais j' ai un peu de mal. La veille, j' ai trouvé au retrait des dossards un tableau d' allure sur la base de 14 heures que j'ai mis en lecture sur l' envers de mon dossard pour repère. Je ne sais pas trop quelle allure adopter sur cette course car avec ses 1100 mètres de D+, je ne sais pas trop quel chrono viser. On m'a dit 1 heure de plus que sur un plat. A Theillay, j' avais fait 14h21 l' an passé et cet été sur le 120 km de Riquet, je passe la distance à 14H00 de course. Dans mes espérances je vise donc un milieu de 15 heures. Pour ce qui est du moment, je me sens bien à l' allure actuelle, je profite de tous les ravitaillements à raison d' un verre de St Yorre et un verre de moitié coca moitié eau plate et quelques morceaux de bananes. Le reste j' ai pas l' habitude d' en manger alors je laisse. De toute façon j' ai toujours fonctionner ainsi et c' est parfait. A ma ceinture, j' ai mes deux flasques de 230 ml  pour boire entre les ravitos car il fait chaud sur la route de ce marathon. Je passe Christian, il est content depuis hier et me le fait savoir, tu me fais trop rire !
Apres le trentième, j' arrive à la hauteur de Marino accompagnée de Carole une autre CLM qui sont sur le marathon, on finira ensemble en papotant, et puis Chantal à l'entrée de Millau qui boucle son 129 ième marathon. Entre temps au km 40 j' ai retrouvée maman devant le camping Larribal, où le gérant à installé des chaises et une table. Un petit arrêt pour l' embrasser, je suis reparti avec son sourire et ses encouragements. Cette première boucle était parfaite, 5h10 dans un décor superbe le long du Tarn. Un coup de cœur se marathon.


Et c'est reparti pour la deuxième boucle, celle qu' il va falloir bien gérer avec ses grosses pentes en aller/retour jusqu' à St Affrique. Avant la sortie de Millau, y a les lapinous sur le bord de la route en pleine cogitation sur leur désir d' aller plus loin aujourd' hui ou bien ! Je les laisse se démêler les carottes comme des grands.
Passer le pont de Millau, c' est faux plat montant d' entrée. Au ravito se trouve Didier du club et je le double après la sortie du village. On s' encourage mutuellement. Cette fois le Viaduc est en vu sous une belle pente bien raide mais courte qui nous mènera sous le Viaduc proche du km50. Ce petit moment est magique, je profite de l' ouvrage. En mode marche rapide je degaine mon tel pour lire les notifications d' encouragements que je reçois depuis les réseaux sociaux. Et aussi de Valérie sur Instagram qui me suit ainsi que ses copains, j' aurai pas vu ta copine Jeanette sur le parcours avec ton maillot. (Edit: en fait si, c' est la dame avec le maillot rose sur la photo au dessus, trop drôle). Arrive la voiture officielle et le premier coureur alors que nous entamons la descente sur St georges . Puis c' est un long faux plat dans les gorges jusquà St Rome un peu usant. Nous voilà à 60 km de course, arrive la première féminine, c' est Sylvie Wilt que j' ai rencontrée ce matin avec ses enfants qui l' accompagnent, une Run Amazones qui a fait la traversée jusqu' à St Flour avec Karine en début d' été sur le défi Run Amazones et que connais Francine pour y avoir participé. Je suis contente de la voir et l' encourage, tout sourire elle me tape dans la main. Je sais qu' après il y aura la fameuse côte de Tiergues, d' ailleurs elle arrive vite à la sortie du village et un grand panneau nous la signale. Merci l' orga ! Vendiou, çà grimpe. Je me remet en mode marche rapide jursqu' en haut de la côte. A partir de là je commence à croiser quelques têtes connues, dont Vincent Toumazou, il a le masque. Je l' encourage par son prénom, il lève la tête, me sourit et vient me taper dans la main, puis je croise Renaud tout sourire, il me check et m' encourage, pareil avec Arnaud du club, puis Luc et plus haut Stephane qui est dans le dur. C est plaisant de les encourager, un sourire, un allez go, une tape dans la main, un bravo Karine, je rame à la monter, ils volent à la descente.
 Je reçois aussi des messages de Marion, çà fait du bien de lire encore tes bêtises, elles alimentent ma course. Je me met à penser au retour, et me dis que c' est pas sûr que je vole moi et que cette descente va me tuer les quadris... enfin le haut, je recours, arrêt au ravito qui fait du bien. La côte a laissé des traces, j' alterne course et petites portions de marche dans la longue descente sur St Affrique, arggg je pense pouvoir me laisser aller. Papa s' arrête discuter avec un coureur qui remonte, j' arrive à leur niveau c' est Tito, un copain de mon oncle originaire de mon village. Il a le visage marqué, c' est un habitué des longues courses et sa 4ieme participation à Millau mais de vieilles blessures refont surfaces et il subit sa course. J' ai perdu un peu de temps sur le tempo 14 heures que j'avais réussi à suivre jusqu' à présent. Je croise ma Francinette qui remonte de St Af, on se fait un petite bise d' encouragement, je suis contente de voir qu' elle va bien et qu' elle assure. On s' échange sur Marc et Juan que nous n' avons pas vu ni l' une ni l' autre !!! mais heuuu, où sont ils?


St Affrique, yes le panneau qui fait plaisir. Le retour est bientôt proche, j' aperçois des coureurs arriver sur ma gauche, je comprend qu' il y a une boucle à faire ici. J' arrive au foyer à 9h34 de course officiel pour 71km. Je fais un arrêt de quelques minutes alors que d' autres s' arrêtent se faire masser, se changer, s' attabler ou bien même dormir sur des lits de camps, voire tout j' en sais rien. J' ai cru que je rentrais sur une base de vie de Courmayeur à l' UTMB. Brièvement mais sûrement, je m' étire un peu, retire quelques petits gravillons dans mes chaussures, je masse un peu mes pieds au passage un peu endolori à ce stade mais je ne retire pas mes chaussettes par amour propre, sic et c' est reparti après un passage au stand pour bien boire et manger. Je prend un peu plus de solide avec des morceaux de pains complet garni de morceaux abricots et d' amande, un délice. Quand je ressors, çà caille un peu, je dégaine ma veste coupe vent sans manches que je retirerai finalement à la sortie de la ville, très jolie par ailleurs. Je revois Christian, il est toujours content! Le jour décline très vite dans la longue remontée, 6  km environ. je fais le choix de ne pas encore sortir ma frontale, la lueur de la pleine lune me suffit amplement. Je croise Pascale et son mari Didier à la sortie de St Af, heureusement qu' elle a criée mon nom, j' étais en mode warrior qui monte l' Everest. Tito m' avait dit que c' était cette côte la plus dure, effectivement le départ est bien raide. Je marche vite, je double pas mal de concurrents, ca file la pêche mine de rien ! Papa à un peu mal aux mains et aux pieds, il alterne vélo et marche depuis déjà quelques heures, mais rien de méchant me dit il, j' espère qu' il ne fasse pas de crise avec sa polyarthrite. La fraîcheur tombe dans les gorges, arrive le ravito d' en haut au km78, il fait bien nuit, j' en profite pour récupérer la frontale avant la descente que je souhaite bien passer et regarder comme il faut où poser mes pieds. Petit texto à Chris pour lui signaler ma position et lire ses encouragements. Je croise Jean et Isabelle du club avec leur jolis ponchos transparents d' un ton rose, çà égaye ma fin d' ascension çà ! Puis vient la descente de Tiergues, 3 km bien raides  dans laquelle on passe le km80. Je descend bien, à bon rythme, les quadris tiennent et j' en profite pour avancer jusqu' à St Rome où il faut rentrer dans le foyer pour la ravito, et les quelques marches qui y mènent c' est cadeau. Je m' éternise pas, je laisse mon père en lui disant de me rattraper. Ca caille à la sortie je met mon petit coupe vent sans manche et je repars tranquille en marchant vite en alternant avec de la course. Il reste 18 km et les jambes répondent bien à ce stade bien sûr, genre raides mais qui veulent bien courir. Je me focalise sur le prochain ravito qui se trouve au bas de la remontée du Viaduc car je trouve cette partie longue mais longue et chiante, oui la partie la plus chiante, sur 100km il en faut une, elle est là, jusqu' à St Georges de machin. Encore une fois faut aller à l' intérieur du foyer pour se ravitailler, pour se poser c' est bien mais pour boire un peu c' est loin. Je laisse papa au ravito et je repars dans la nuit pour cette dernière côte bien déterminée. Un regard rapide au chrono et au temps de passage, j' ai repris du temps et me rapproche à nouveau du timing des 14 heures, çà me laisse perplexe ! Papa arrive à mon niveau je marche aussi vite que je peux, lui dit qu' on devrait pouvoir boucler ce Millau en 14 heures. On est content tous les deux. Enfin la descente, je double encore et au bas je retrouve mon Juanito. On aurait dit un 25 décembre au matin, deux gosses devant le sapin. Il me présente son copain des 6 jours de Privas. On repart ensemble tout guillerets et punaise çà remonte encore un peu doucement et là Juan me dit: Diantre je cours pas çà monte, et je m' éloigne laissant mon paquet cadeau sur le bord de la route mais en bonne compagnie. Creisseils, le dernier ravito, plus que 4 km, je  prend juste de l' eau au passage et une grosse envie de finir. Millau est là, à mes pieds. Je retraverse le pont qui mène en ville, il y a une petite côte, je la passe en marchant. Le panneau 99, tu sais celui qui t' arrache une larme, qui te fait remontée les émotions enfouies. Je regarde ma montre, çà affiche 14 h 00 de course, je souris bêtement, je suis fière et heureuse. Je dis à mon père de partir devant et de m' attendre à l' entrée du foyer pour qu' on puisse franchir la porte ensemble. Je savoure ce dernier kilomètre en faux plat montant qui mène au stade de la Victoire, je repense à mon premier 100 km que j' avais bouclé dans la douleur pendant les dernières heures de course. Aujourd' hui c' est une belle victoire que de terminer cette course avec tant de plaisirs.
Papa est là, on se prend par la main on grimpe ensemble l' estrade qui mène à la lumière du foyer, la ligne d' arrivée ! je coupe le chrono, 14h07 (14H10 au temps officiel)


 Nadia qui n' a pas pu courir pour faute d' infection à cause d' une piqure d' insecte est là avec ma Francinette pour nous accueillir c' est génial ! Comme à Sénart où j' avais signé un RP sur marathon, aujourd'hui c' est sur un 100 km et à Millau, what else ? Il est cool mon maillot de l' AS Nandy à l' image de mon club. Et je suis fière d' en porter les couleurs.
Nous sommes 3 à avoir franchis la ligne, nous attendons avec bonheur chaque copain finisher avec les félicitations qu' ils méritent. Suivra Juan, Christian très très content, Marc et Didier. Jean et Isabelle sont toujours en course. Papa repart se coucher, il est quand même tard, 14 heures de vélo c' est super long et fatigant même pour un cycliste entrainé. Merci papa, c' était chouette d' avoir partager cette belle course avec toi.
J' envoi sur IG la photo d' arrivée que je dédicace à Valérie, avec le #Quicherunpower afin de lui faire signe et lui donner 100 km de plus au compteur pour qu' elle puisse avancer dans son combat. Aujourd' hui la communauté des coureurs court pour toi ma belle en attendant ton retour sur le ruban de bitume.


Avant de se réunir tous ensemble autour d' une table je passe me faire masser sous la vigilance de notre mère poule à tous madame Nadia.
Sur le retour à la voiture, on encourage les arrivants dans le noir de l' allée du parc, sur ce arrive Mia, pas de chance, on lui fait la fête en mode guedins de base qui ont perdus tout équilibre cérébral. C était cool.
On finira par s' endormir assez tard, pour ceux qui y arrivent. On était comme des gosses de 10 ans en colonie de vacances...










vendredi 4 septembre 2015

Un UTMB...

Col de la Seigne 2502 m, il est 4h21, j'ai un petit 1/4 d'heure d'avance sur mes prévisions mais je sais que la suite va être dure, très dure. Je suis les bases d'un « petit 33h » mais ça ne va pas durer.
Flash back, la veille 18h le départ de l'UTMB est donné au centre de Chamonix. C'est un mélange contradictoire, presque agaçant, du meilleur et du moins bon. On ne peut pas courir tellement il y a de monde, alors oui, on aura le temps de courir mais quand même on y est, on a envie d'avancer ! Et puis le meilleur, cette foule, cette énergie, on est des gladiateurs, des supers héros, on est porté. C'est fort, ça prend aux tripes, y a une vrais émotion.

♫ Emportés par la foule qui nous traîne
Nous entraîne... ♫














Les premiers km se déroulent sans difficultés. Le soleil disparaît et les lumières du couchant sur Bionassay et les Dômes de Miage nous accompagnent. Ascension du col de Voza, puis première descente, j'ai déjà mal aux pieds et je « sens » mes cuisses. Pour l'instant il n'y a pas de problèmes mais ce n'est pas bon signe... Saint-Gervais, montée  vers Notre Dame de la Gorge, il y a du monde, toujours du monde, c'est incroyable. Il fait maintenant nuit, en me retournant dans l'ascension du col du Bonhomme je vois le serpent de lumière s'étendre jusque dans la vallée. La descente jusqu'aux Chapieux se déroule bien (lire assez rapide) mais avec toujours cet arrière goût de « c'est pas ça ». Déjà 6h de route et 50 km de fait. La longue ascension du col de la Seigne se fait sous un superbe clair de Lune. On distingue l'aiguille des Glaciers dont le sommet rocheux se détache sur le blanc du glacier. Descendant le col et remontant en face au col du Bonhomme toujours le long serpent de lumière qui traverse la montagne sans discontinuer.

J'arrive au col. Il est 4h21. Je découvre l'autre versant, sur le papier une légère descente et une légère remontée. Je sens de suite que ça va être compliqué. La remontée n'est pas simple, du gros cailloux instable, difficile d'aller vite, puis je dois m'arrêter pour prendre un gel, et quelques minutes après je m'arrête à nouveau, cette fois je mange une barre de céréales. Je passe le col puis attaque la descente. Toujours ces gros cailloux instables, je n'arrive pas à avancer, même quand le terrain devient meilleurs je ne relance plus. Maintenant j'ai franchement mal aux pieds, j'arrive au lac Combal en étant dans le dur, physiquement, mais aussi moralement. Cette partie que je pensai boucler en 1 h (optimiste), je la parcours en 1h40 et surtout dans la souffrance. Je prends mon temps au ravitaillement du lac Combal avant de repartir vers l'arrête du mont Favre. Je suis bien dans la montée que je fais en 35 min (470 m, hé, hé). Au sommet je m'arrête, fais des photos. La vue sur le versant italien du Mont Blanc, la Noire de Peuterey est à couper le souffle.


Le petit bonheur ne dure pas longtemps. La descente sur Courmayeur est un long calvaire, maintenant j'ai des courbatures dans les cuisses en plus des douleurs aux pieds. Je me fais doubler à droite, à gauche, j'ai même cru qu'un mec allait asseyer de me passer à saute mouton (😁). C'est la claque. J'ai un gros coup de mou. J'avais envie d'une course, d'un chrono, de plaisir, et là je suis comme un con et j'ai mal. Juste mal. Je descends au train jusqu'à Courmayeur. J'ai le moral dans les chaussettes. Karine m'attend, me rebooste. Je fais une pause d'1h45 me disant qu'en récupérant bien je pourrai encore accrocher les 35h (putain une semaine). 


petit somme 20 minutes chrono

le radeau de la méduse (je sais celle-ci aussi
je la fais à chaque foi, mais c'est facile !)
La montée au dessus de Courmayeur est longue et raide (y paraît qui y en a qui aiment ça). Sous le cagnard ça monte calmement (la vitesse, pas la pente), arrivé au refuge Bertone on a le droit à un nouveau point de vu incroyable sur le versant sud du Mont Blanc. Nouvelles photos.

La traversée vallonée du refuge Bertone au refuge Bonatti se passe bien et à un rythme correct. Puis dans la descente suivante c'est de nouveau une grosse galère. J'ai jamais (rarement ?) eu mal comme ça. Je suis à l'arrêt. L'idée de poser le dossard me vient à l'esprit. C'est des bouffées d'émotions, ça part du ventre, ça prend la poitrine puis ça monte à la tête... J'en avais envie depuis longtemps, je voulais le faire et le faire bien ce tour du Mont Blanc, pas comme ça. J'arrive défait à Arnuva. Karine est là, me remonte le moral, je suis dans les temps, largement, j'avance pas si mal... Depuis qu'on est en Italie on est coupé des réseaux sociaux mais je sais qu'il y a du soutient et il y a les encouragements d'amis. Je me pause un moment dans l'herbe, j'enlève les chaussures, soigne un peu mes pieds.

arrivée cuit à Arnuva







pause et petits petons à l'air












Cette pause c'est un tournant de la course, je fais le deuil de mes envies, de mon chrono, c'est puéril mais c'était important pour moi. J'accepte la réalité de mon état et je passe en mode « finisher ». 

Je repars donc vers le Grand Col Ferret avec un nouvel état d'esprit. Aller au bout, profiter de ces paysages, de ce voyage incroyable. La montée se fait à un rythme correct puis au miracle (et merci ibuprofène) la descente se passe bien, je peux courir sur une bonne partie. J'arrive à la Fouly à 18h33 et me pose une 40aine de minutes, le temps de me refaire un peu. Il y a toujours du monde et des encouragements dans le village mais aussi dans la montagne. 
La partie suivante jusqu'à Champex n'est pas passionnante un long faux plats descendant puis une montée en forêt où l'on croit arriver à chaque virage. Enfin, je débouche en bas du village, je demande à un bénévole si le ravitaillement est loin. J'ai le droit à un « c'est à 6 minutes » avec l'accent. 6 minutes plus tard je suis au ravito, la précision Suisse...  40 minutes de pause, des pâtes excellentes, pour la première fois j'arrive à bien manger. Je part vers la crête de Bovine, pas très réputée, c'est pourtant un passage pas facile du tout de cet UTMB. Ascension dans les bois puis dans de gros rochers, je connais bien ce coin et j'y ai quelques bon souvenirs. Malgré l'austérité du lieu j'y suis bien :) Du sommet vers 1h du matin, la vue sur la ville de Martini en Suisse est superbe. On voit les lumières près de 2000 m plus bas, on a juste une chance incroyable d'être là. Arrivée à Trient vers 2h du matin. Karine m'attend pour la dernière fois avant l'arrivée. Je voulais dormir 20' mais vu le bruit dans le ravitaillement c'est pas possible.


passage psychédélique à Trient
tentative de somme foirée pour cause de
fête et zique à fond à Trient













Je vais chez les kinés, me fais masser (une première en course pour moi). Après une grosse heure de pause je repars pour l'avant dernière ascension de l'UTMB. Je monte tranquillement (mais sans être capable d'accélérer) vers Catogne puis je reprends ma galère dans la longue descente sur Valorcine. Chaque pas est choc dont l'onde martyrise la cuisse, très dur de courir. La descente n'en finie pas. Enfin, retour en France !
Dernière ascension de l'UTMB, la « fameuse » montée de tête au vent. D'abord quelques km de faux plat montant puis au col des Montets c'est le début « du raide ». Je pars vite et me met en tête de passer cette difficulté en moins d'1h. Je souffle, j'enchaîne les virages, je double. 53 min plus tard je coupe mon effort au niveau de l'épaule où se trouve la tente des secours (sic). La tête au vent est encore loin mais le dénivelé est bouclé et je me refait doubler quelque peu. Drôle d'idée que cette accélération. Je boucle cette antépénultième (j'adore ce mot) étape sourire au lèvre avec la Flégère au loin et le Mont Blanc en face de moi. Passage au dernier ravito, sms, téléphone, photos, même un tweet. Je me déconcentre un peu et savoure déjà un peu la future « victoire ».











La dernière longue descente sur Chamonix se fait non sans mal, incapable de courir sur la première moitié, puis c'est les derniers mètres dans Cham.
Beaucoup se mettent à courir poussés par le public, je marche, je charie un gars  qui me double « do you want to sprint », il est bien emmerdé le pauvre, puis je le laisse filer. Je savoure. Je passe la ligne... 

crédit photo, William Guillot

Pour la première fois en course j'ai failli poser le dossard. Cette course pendant un temps avait perdue son sens car ce n'était plus celle que je voulais. Me faire « mal » dans l'effort, avoir les poumons, les jambes qui brûlent le temps de l'accélération, oui. Mais passer des heures à 3km/h en ne pouvant pas aller plus vite parce que j'avais mal aux pieds et aux cuisses je n'avais pas signé pour ça. Puis les encouragements m'ont permis d'avancer, de ne pas arrêter, de me rappeler tous les entraînements, de voir que « j'avais le temps ». J'ai repris conscience de la chance que j'avais de faire cette course, d'être au milieu de ces paysages, de baigner dans cette foule, cette énergie et d'être capable de la finir. Et heureusement, je ne me suis pas arrêté, parce que ben voilà, je crois que c'est une des plus belles courses du monde...

ps : je vous la fait à chaque fois mais putain 41h c'est long
ps2 : grosse pensée pour ma petite sœur. Je sais que ça t'aurais plu. Tu me manques...

Chris, 

lundi 13 juillet 2015

La Ronda Del Cims


Mon journal de bord de la Ronda Del Cims (enfin une sorte mais il y aurait beaucoup à dire)

 
1ère étape Ordino - Sortoni, "jusque là tout va bien". Départ tranquillou, c'est quand même direct 21km et 1800m de D+ entre forêt, alpages et pierriers (un petit peu pour l'instant) pour ce mettre en appétit.
2ème étape Sortoni - Coma d'Arcalis "comment j'ai pris cher". Vraiment il a du se passer quelque chose pour que je ne me souvienne de rien... D'ailleurs j'ai perdu 10 places, c'est un des seuls tronçons ou j'ai perdu des places.
3ème étape Coma d'Arcalis - Pla de l'Estany "au top". Superbe étape, de manière assez inexpliquée je me suis refait une santé, la première ascension se fini par un superbe pierrier comme on les aime. S'en suit une descente bien raide à petits cailloux comme on les aime aussi (on s'est moi). Le reste est moins sympa mais ça avance.
4ème étape Pla de l'Estany - Refuge de Coma Perdosa "l'étape reine, l'Alpe d'Huez de la Ronda". La totale sur 900m de D+, pentes raides dans les buis, puis gros blocs de schistes,  puis couloir en petites pierres merdiques (que t'aimes bien à la descente) et une jolie crête pour finir.
Mais le Coma Pedrosa c'est aussi ça !

ps : je connais pas le mec avec le bob orange
Et ça...



La descente est raide mais en bonne caillasse qui roule bien sous les pieds, ça va vite, c'est cool. Pareil sur les névés.
A l'arrivée au refuge je me suis perdu, descendu 50m trop bas. Ben c'est quoi 50m, BEN C'EST BEAUCOUP ! Crois moi.
D'ailleurs je vois pas karine qui devait me retrouver. Je me dis qu'elle m'attend peut être sur l'arrivée normale, je fais au moins 3m pour voir puis je vais au ravito.
Au départ je retrouve Karine, qui m'attendait un peu plus au haut (sur le bon chemin), fait chier. Aller, photo, bisous, bisous, et c'est reparti. ça aura été court, mais ça aura fait du bien.

5ème étape Refuge de Coma Perdosa - Col de la Botella "bof". Étape pas bien, pas mal non plus, j'ai pas eu mon kiff. Fait majeur, y a un petit vent et je me suis vraiment refroidi au ravito en me changeant. D'ailleurs tu sais pourquoi je me suis changer dehors ?
7ème étape Col de la Botella - La Margineda "voilà, voila..." / "au putain c'est là que ça passe ?" Avant de parler de la descente, on va parler de la montée. Pas grand chose à monter et pas facile pour autant, je me fais pas mal doubler et j'ai du mal à récupérer du coup de froid. Au sommet du Boni de la Pica, le bénévole : "attention, le début de la descente est assez technique". Bon ben t'as déjà fait de la chute libre ? C'est très raide au début, puis y a un petit passage avec des chaînes pour se sécuriser, puis une partie très merdique à monter descendre dans des blocs encombrés de buis (ou l'inverse). Je redouble tous les mecs qui m'ont pris à la montée et même un peu plus. Il semble que je sois plus moins mal qu'eux sur ce type de terrain. Tous les points dangereux sont sécurisés, signalés et souvent il y a des bénévoles, chapeau l'orga. Le reste de la descente est long, très long, surtout quand ça remonte...

Arrivée vers 1 heure du mat, bien content de retrouver @kali pour un peu de soutient moral. 2h30 de pose, c'est un peu beaucoup mais ça fait du bien ! Au menu, repos, micro sommeil (25 min), pose de Tape et crevage d'ampoules.












8ème étape La Margineda - Coma Bella "ça gaz". Ça devait être une étape de transition, résultat un mur de 600m (D+) puis après la descente une longue section vallonnée, ça avance bien.
9ème étape Coma Bella - Refuge de Claror "et paf le chien...". J'ai bien mangé à Coma Bella et repars pleine patate. Montée raide au début, droit dans la pente, moins raide après mais toujours droit dans la pente... ça va tellement bien que j'en oublie de manger. Descente, puis dans la remontée avant Claror, paf, à sec. Je suis cuit, j'avance plus. Je m'arrête et mange et repars sur la réserve jusqu'à Claror dans des décors magnifiques.
10ème étape Refuge de Claror - Refuge de l'IllA "assez bien (peu mieux faire)". Je me croirai revenu à l'école :) J'avance depuis quelques temps avec X, on parle pas beaucoup vu que j'ai un début d'extinction de voix mais on avance. Je commence à être dans le dur dans les descentes (toujours raides et techniques) mais je gaz bien dans la montée. On longe un magnifique torrent de montagne mais je biels  (je biels, tu biels, il-elle-on b... du verbe bieller, couler une bielle) un peu sur la fin (toujours les restes de mon coup de pompe de l'étape précédente).
11ème étape Refuge d'Illa - Pas de la Case "la négo". Sur l'étape je suis toujours moyen, le repos fera du bien. X voudrait se reposer 3h au Pas, ça me parait trop et j'ai peur de finir dans un supermarket (clope et alcool à volo). On réduit à 1h30. Arrivée à 18h30, je ne vois pas Karine, petit sms "ah ! t'es déjà au Pas", j'arrive. Grand prince j'annonce à X qu'on à 1/2 heure de plus. Bouffe, récupe, puis je vais me coucher 25 min. J'entends pas le réveil et dors le double. Lever à 20h en panique et mon X qui vient me voir et me dit qu'il par à l'instant... Du coup je prend encore 1 heure pour me remettre d'équerre, soigner quelques bobos et je repars vénère mais bien requinquer et seul (état qui me va bien à certains moments).

petits bobos

12ème étape Pas de la Case - Vall d'Inclès "et sinon tu aimes la natation ?" L'ascension du Pas de les Vasques, alors là comment dire, tu vois le marais Poitevin ? (non - moi non plus...). Bon t'imagines un marais mais en pente à 25°, c'est le début de la montée, et style le début il est long... Moi je suis bien content, j'ai des chaussettes étanches (malin). Ensuite faut parler de la fin de l'ascension, t'arrives à une dernière pente de 100-150m très raides, un fanion en bas, un fanion haut (en bas, en haut ). Au sommet un bénévole me demande si j'ai bien trouver le "sentier", je répond "oui" avec le peu de voix qui me reste, en effet le passage d'1 m de large entre le névé et le ressaut de schiste se trouve assez bien...

Les chaussettes étanches (parce que, quand même) :
 
13ème étape Vall d'Inclès - Refuge de la Com de Jan "pleine patate". La montée vers la crête de cabana Sorda se passe bien, ça double pas mal mais surtout du dossard jaune (la Mytic), la fin d'ascension et vraiment raide avec des passage qui ont l'air un peu expo (si tu tombes c'est la chute, si tu chutes c'est la t....).
14ème étape Refuge de la Com de Jan - Sorteny "la der des ders". Dernière ascension, je suis hypermotivé et bien décidé à monter très vite. Ça c'était avant le début de la montée. Je prend un "shoot décathlon", fiole rempli d'un contenu visqueux avec un goût zarbi. De shoot il n'y a pas eu et l'accélération temps attendu ne vient pas. Je n'hésite pas 20 minutes après je prend un gel goût cacahouète. Je suis maintenant à la limite de vomir et avance pas très vite. Longue descente pour arriver à Sortony dernier ravitaillement à 7km de l'arrivée (source road book).
15ème étape Sortony - Arrivée "argh !". Je suis décidé à ne pas m'arrêter longtemps et encore plus quand je vois arriver un "jap" que j'ai doublé dans la montée et à qui je pensai avoir mis un vent (en même temps le gel à la cacahouète...). Je fais fiça et repart juste derrière un concurrent de la Mytic. Et là, le coup dur, un bénévole nous encourage "aller plus que 12km", alors quand tu as 7km en tête à ce moment là, ça ne va plus du tout. MAIS PLUS DU TOUT. Je manque de me rasseoir, vais voir le bénévole pour négocier confirmer. C'est bien ça. La descente se passe bien, raide au début sur 4km ensuite c'est un long faux plat descendant jusqu'à l'arrivée. Je ne traîne pas (le jap...).

L'arrivée - dans les derniers km beaucoup de choses passent dans la tête, la chance que j'ai de pouvoir faire des courses comme ça, la sœur qu'est plus là, c'est la première fois qu'autant d'émotions remontent à la fin d'une course. Karine m'attend, on fini ensemble.
A l'arrivée, le speaker me saute dessus, pas de chance (pour lui) en plus de la fatigue je suis maintenant complètement aphone.
Je me pose sur le sol et savoure...

 Après nous être reposé, on revient sur la course en fin de matinée, on passe un bon moment avec @apos qui a eu moins de chance que moi. A chaque arrivée, le speaker crie au micro "finisher ! finisher ! " et pour les concurrents de la Ronda un "RRRRonda ! RRRRonda ! RRRRonda !" avec les R qui roulent, ça prend aux tripes au début.
Ça a été une grande et belle course, un truc pas commun...

Chris,
ps : mais un peu longue, faudra aller plus vite la prochaine fois !
ps 2 : putain 48H30 c'est long...
ps 3 : le tour d'un (petit) pays 170km, 13500m de D+
ps 4 : j'étais bien accompagné :
elles ont fait les 170km :)


mercredi 3 septembre 2014

Il était une fois, 100 fois 1 kilomètre ou les 100 km de Sologne



Ce samedi 30 août 2014 à 6h30 à Theillay, je m' apprête à courir ma plus longue distance sur ce 100 km et ce après seulement 3 ans de course à pied quasiment jour pour jour...

Préambule

Tout a commencé début septembre 2011. Mon dernier rentre à la maternelle, j' ai encore 15 kilos en trop avec mes 2 grossesses successives plutôt mal gérés côté balance! Y a de celà une dizaine d' année je courrai et au final c' était simple, il suffit de pas grand chose et de peu de temps. C 'est décidé, avec enfin du temps pour moi, je rechausse les runnings.

Volontaire je m' inscris d' emblé au semi-marathon de Paris pour mars 2012, l' objectif à tenir. Semi validé, poids perdus, envie d' aller plus loin gagnée...mon but est de désormais d' allonger les distances et faire ce que plus jeune je ne trouvai pas intéressant, c' est à dire du marathon et plus. J' avais bien couru la Saintélyon (68km) en 2001 mais çà c' était fun, une course de nuit en décembre par monts et par vaux, je viens!

2013, je laisse les moyennes distances pour plus long avec un écotrail de Paris sur 50km et un premier marathon à Toulouse en octobre.

2014 sera mon année ultra. Je décide de préparer des courses où la distance ne sera pas inférieure au marathon. Je ne suis pas une super coureuse, mon temps au marathon est de 4h43. A vrai dire je ne cours pas non plus à la perf. J' ai juste du plaisir à courir et finir. A ce moment là, faire 100 km sur route est encore un projet pour 2015. Mais la vie est faite de rencontres! En mars je cours le 80km de l'écotrail de Paris où je fais la connaissance de deux sacrés ultrarunners, Francine et Marc. Ce dernier habite la même ville que moi, je l' avais aperçu lors de mes entraînements sur les chemins de la forêt qui nous sert de terrain de jeu. Dans une discussion après course je lui fait part de mon envie de courir au 24 heures de Feucherolles sur 12 h. Marc me conseille plutôt un  6 heures pour débuter sur la discipline et me dit qu' ils seront de la partie sur le 24H.

Entre temps je cours le marathon d' Annecy en avril, puis arrive les 6 heures fin mai. La course de l' inconnu. Tourner sur une boucle de 1,3 km pendant 6 heures...pas si dur en fait et c' est un bon exercice pour le mental, important en ultra. A la fin de l'épreuve, je demande à la petite bande expérimentée quel 100 km, ils me conseillent!

 - t ' as qu' à venir avec nous fin août en Sologne!

- Heu, fin août ? ça va pas !...

Mais voilà, l' envie est là, le doute aussi.  Ces gens ne sont vraiment pas fréquentables! Francine en remet une couche, un peu plus tard, "allez viens avec nous, t' as deux mois pour t' entraîner et on court avec toi"

La nuit portant conseil, c' est bien connu...c 'est comme çà qu' un beau matin on chausse ses runnings comme d' hab mais avec le désir de préparer un 100 km, qu' on poste son inscription en tremblant, si si, qu' on ne pense plus qu' à çà pendant deux mois d' été où faudra tout concilier. Je suis mère au foyer et c' est les vacances scolaires..

Préparer une course aussi longue faut quand même y aller avec des kilomètres dans les jambes.

Je ferai une belle prépa en juillet avec 300 km et pas mal de bi-quotidien pour arriver à faire du kilomètrage, ne pouvant pas faire de trés longues sorties en une seule fois. Un trail de 50 km avec 2600 m D+ début août, pas trop traditionnel mais on fait comme on peut quand on est en vacances en montagne pendant la prépa puis j' aime çà! Des randos, du vélos de route jusqu' à l' accident bête, une glissade sur un tapis et c' est l' entorse à la cheville à 3 semaines de la course. Arg ! Ô désespoir !?

D' un naturel optimiste, je continue à y croire. Des entorses, j' en ai déjà eu un sacré nombre de fois et je sais que rien n' est impossible. Alors je continue à y croire mais je sais aussi qu' une contrainte de ce genre ce sera sûrement des souffrances en plus pour en venir à bout. Je met alors toutes mes chances de côté. Strap et béquilles, repos, arnica, argile verte, bain de sel, glaces...tout y passe. Une semaine après ma cheville ne me fait plus mal en statique, je refais donc un peu de vélo et un peu de natation et j' arrive à marcher quelques heures avec le straping sans trop de douleurs. La dernière semaine j' essaye un footing d' une heure le lundi, pied lourd le soir, un deuxième de 50 minutes le mercredi, tout va bien. Samedi je prendrai le départ!

La course
 

 Vendredi 29 juillet, toute la famille suit comme d' habitude. Nous prenons la route pour Thiellay, petite bourgade du Centre en Sologne près de Vierzon. Tout se passe autour du foyer municipal. Retrait des dossards, pasta party, couchage, petit déjeuner, camping, départ, arrivée...

Nous optons par la solution camping sur les espaces verts autour du foyer, comme bon nombre de participants venus en camping cars ou avec leur toile de tente. Chez nous, monsieur et les enfants seront sous la toile tandis que moi dans le palace de notre van pour déjeuner tranquille et m' habiller, le départ est à 6h30.


Entre temps Francine et Marc arrivent à leur tour. Je file retirer mon dossard et là la dame me dit " c' est pour les 100km ici!" Oui je sais..ah ok, votre nom? ca commence bien. A côté y a le retrait 50km. A regarder autour de moi, il me manque peut être les cheveux blancs qui vont avec les jambes musclées! Ici les vétérans sont à l' honneur, bon nombre de V2 et V3. Je  repars avec le dossard, 6 verres sérigrafiés avec le logo de la course, une bouteille de sauvignon et une paquet de sablés artisanaux fabriqués dans la région. Trés sympa comme accueil. Les copains plantent leur toile à leur tour et vont à la pasta party, nous prenons notre repas à la tente et dodo pour tous. Demain y a du boulot sur la planche!

Dimanche 30 aout, 4h00. Le réveil sonne. La nuit fut courte dû à un endormissement un peu trop long. Mais je me sens bien et moins stressée que les jours précédents. Je prépare mon petit déjeuner maison. Dans un sac congel, j' ai pris ma dose de crème sport dej maison avec des graines de chia et des baies de goji ainsi que du muesli aux fruits secs. je rajoute une banane coupée en morceau, le tout arrosé de lait d' avoine. Un repas copieux mais digeste auquel j' ajoute une jus de fruit frais et une boisson chaude à base d' orge. Je file ensuite me dégourdir les jambes jusqu' aux sanitaires du gymnase et me recouche un peu avec de la musique en attendant. Marc et Francine prennent leur petit dej au foyer à 5 heures (un peu tard je trouve cet horaire prévu) et me retrouvent dans le van pour papoter un peu.

6 heures. On fini de se préparer. Remplissage des gourdes, passage aux toilettes et direction la ligne de départ où je retrouve mes camarades en compagnie d' autres copains à eux, qui participent aux 100km et au 50km. Chris mon mari, nous rejoint pour nous immortaliser le moment avec quelques photos et filmer le départ.

6h30. Bang ! Et c' est parti, il fait encore un peu nuit et doux. On sort rapidement du village pour se retrouver sur des routes bordées de forêt en lignes droites. Paysages qui ne nous lâchera pas beaucoup durant la course hormis quelques traversées de villages. Bonne ambiance dans la troupe. Devant, c' est parti fort. Aujourd' hui c' est les championnats de France, y a du beau monde et y a aussi une cinquantaine de coureurs qui font le 50km. De toute façon faut pas traîner, le temps imparti est de 15h30.

Les kilomètres défilent, les ravitaillements tous les 5 kilomètres donnent le rythme. Ma cheville me fait mal mais sans plus. Le strap léger posé la veille la maintient bien toutefois. Peu avant le km 15 on croise les premiers coureurs, nous avons un petit aller retour de 10 km à faire. Petit coucou aux coureurs, échange ou pas d' encouragements.

Il commence à faire chaud vers 10h30, heureusement beaucoup de passage à l' ombre en forêt.       

On s' arrête à tous les ravitaillements, je prend systématiquement 2 à 3 verres, 1 eau, 1 gazeuse, 1 coca et une demi banane et 1 quartier d' orange. Et tous les 20km un gel anti oxydant que j' ai sur moi. A partir du 40ième kilomètre je bois de plus en plus d' eau à ma gourde perso.

Sur les tables on y trouve, de l' eau, du coca, de l' eau gazeuse et de la boisson isotonique ainsi que de la bière. En solide c' est banane, sucre, chocolat noir, raisins et abricots secs et à partir du km 50, il y a en plus du fromage, du saucisson, des tartines de rillettes, et 90 des crêpes. Bon rien de spécial pour la végétalienne que je suis. De toute façon mon truc à moi c' est les bananes!

Tous les bénévoles sont adorables avec nous, aux petits soins et on le mot de réconfort et la répartie pour blaguer aussi. Merci à eux.

42km195, on nous annonce notre passage au marathon en 5h03. Je me sens super bien, les jambes tournent bien mais je commence à souffler un peu. Mes camarades sont au top, ah ces V2 ! Et ma cheville dans tout çà? Toujours pareil, légère douleur. Par contre c' est ma cuisse qui commence à me faire souffrir, elle se contracte vite. Un déplacement de douleur? Je commence à demander à mes deux compères de la marche pour relâcher le muscle. Ca marche bien. Puis un autre bobo arrive, malgré la crème nok mise ce matin aux niveau des aisselles, la brûlure est inévitable. Grrr. Au ravitaillement du 45, Chris est là avec les enfants. Je suis contente de les voir, petits bisous à tous. Je lui demande de me mettre de la nok sous les aisselles et là, horreur. Je me suis vu accoucher d' un troisième en quelques secondes. Vite repartons, que de l' air glisse dessus. Non c' est pire, au secours! Je serre les dents. Va falloir accepter cette douleur encore pendant des heures...

Km50, pause photo obligatoire même si de ce côté là, on est pas avares. On repart, 6h14 de course, le rythme est bon. Marc est au top de sa forme, limite s' il ne nous fait pas la roue!!! Bon çà va! C' est son 10ème, il connaît la chanson, mais quand même, c' est pas juste y a une jeunette qui trime à côté!

Par contre côté cerveau, çà tourne encore, je me dis qu' il nous reste 9h15 pour faire les 50 prochains kilomètres. On a de la marge pour finir et c' est bon pour le moral car la suite je me doute que ce ne sera pas la même moitié à répéter.

55, 60 km, les kilomètres défilent sur ces longues lignes droites. La circulation est ouverte, nous courront au sommet de la route pour des raisons de confort. Les bas côtés sont en dévers ou de mauvaises qualité. Il faut donc parfois se rabattre et revenir en fonction des voitures. Ca commence à être usant avec la fatigue. Je marche de plus en plus mais on ne perd pas trop de vitesse. Nous gardons une allure de 7.8 km/h. Je fixe mon regard sur les chaussures de Marc. Je ne veux plus voir ces lignes droites. Par contre Francine a du mal à marcher, son tendon d' achille est plus facile à dompter en trottinant . Allez comprendre Charles! J' essaye de garder une petite foulée mais rien y fait, je stoppe pour marcher. J' en suis désolée, tant est si bien, qu' on km65 je craque littéralement. Gros coup de fatigue. Mon corps dit stop. Plus rien, je n' arrive pas à recourir. Et là , c' est les larmes qui coulent. Marc à mes côtés me regarde impuissant. Je laisse couler ces larmes. Je sais que ma tête doit prendre le dessus, qu' il faut passer ce cap. Le prochain ravitaillement arrive. Chris est là et m' encourage. Il voit ma détresse, il sait trop bien ce que cette phase signifie, il connaît çà mon ultratrailer de mari et me laisse tranquille en me disant qu' il sera là au prochain ravitaillement.

 Marc pondère, en me disant que si çà va vraiment pas, on peut arrêter! Ah non ! Je vais y arriver, çà va revenir. J' avale une gel coup de fouet que j' ai sur moi au cas ou...oui, me faut du sucre! Allez hop et on continu. On propose à Francine de partir devant, et je la vois s' éloigner. Marc suggère de courir 5 minutes et de marcher 2 minutes dés que je le sens. Ok allons y! Mon corps peine, c' est devenu un bout de bois mais j' y arrive. A ce moment là nous sommes à 7,5km/h au général. Nous avons bien perdu. Marc me motive, "on a le temps, on va le faire". Il a raison, serre les dents cocotte! On tient ce rythme là pendant 10 kilomètres.


Un peu avant le ravitaillement du km80, je ne peux plus tenir. Courir me fait mal. Lever les jambes est un supplice. Par contre j' arrive à bien marcher au rythme de 5/6 km à l' heure pas si mal après 80 kilomètres. faut tenir, oui faut tenir comme çà jusqu' au bout!

Km85, plus que 15. On vient de faire 2 marathons! On double encore quelques concurrents encore plus cuits que moi. Notre vitesse générale diminue. On demande à Chris de nous fournir une frontale, on va finir à la nuit tombante et on aimerai bien se faire voir des voitures. Manquerai plus qu' on se fasse écraser!

Km90, on retrouve notre Francinette nationale, assise dans un transat en train de manger une crêpe. Demi heure d' attente pour finir avec nous. Faut dire qu' elle avait trouvé le bon ravito, sacrée Francine!

j' ai deux accompagnateurs en or. La plupart des coureurs ont des suiveurs à vélo, ben moi j' ai deux coureurs adorables, quel luxe!

On repart à trois, j' ai plus trop de jambes, relancer est difficile. Je n' ai pas le droit d' arrêter et puis mes deux amis sont là pour moi.

Km95, je cri à la vue du panneau. Maintenant on va décompter, mais que c' est long un kilomètre...

La nuit commence à tomber, nous sommes sur une toute petite route, pas de circulation, ouf! Par contre les moustiques font leur apparussions. Ca pique, j' arrive pas à les chasser.

96...97...98...mais que c' est long. Je discute avec mes camarades mais je ne suis plus vraiment là. J' entre dans une nouvelle dimension. je plane. On voit enfin le panneau de Theillay, deux signaleurs nous annoncent 1300 mètres avant l' arrivée. Je ferai répéter 2 fois, je comprend pas très bien en effet. Je suis en mode automatique. Un pied devant l' autre et j' avance toujours entre 5 et 6 km/h. Nous sommes à 7,1 km/h d' allure générale.

Km99, un autre cri déchire la nuit. Mes amis propose de faire la photo et d' immortaliser le moment. Je leur dis, "vite, faut je que finisse mon corps ne tient plus". Je les laisse prendre d' autres poses et me remet en route vers mon point final. Repartir après cette courte pause, me déchire les jambes, remettre en route est si dur mais le rythme revient au bout de quelques pas. Les deux V2, sacrés Vétérans 2, me retrouvent en petites foulées.

 J' aperçois Chris venir à notre rencontre, je comprend que c' est bientôt la fin. Il me dit moins de 500 mètres, je suis tendue. Un croisement, une barrière, une dame nous dit," 300 mètres, bravo". Mes compagnons me demande de finir en courant, je me prépare mentalement. C 'est dur mais ils ont raison , je doit essayer. Je leur demande d' attendre de voir l' arche. Une autre barrière, des gens, des encouragements, des applaudissements, des félicitations...tout est flou. On tourne à gauche, elle est là, l' arche de la délivrance mais aussi l' arche de la fierté, l' arche du courage et de l' amitié. Marc et Francine, ces deux grands coureurs au grand palmarès me prennent les mains et me lèvent les bras. Je recours, mes enfants sont là, heureux de voir leur maman arriver. Ils crient tandis que nous franchissons le centième kilomètre. 14h21 et 40 secondes, je suis centbornarde! Je tombe dans les bras de mes deux amis, l' émotion me gagne et les larmes recoulent à nouveau...

Merci de m' avoir amenée et soutenue au bout d' une telle course! Marc vient de franchir la ligne d' un 100km pour la 10ème fois et Francine pour la 6me fois! Respect les champions.

Nous finissons à la 67, 68 et 69ème place sur 83 arrivants sur la course open 100km et 99 autres arrivants sur le championnats de France, pour environ 250 participants. Félicitations à tous.


La ligne franchie on nous remet une belle serviette blanche aux couleurs de la course, je la passe autour de moi, me ravitaille. je tiens encore debout mais je file vite chercher un kiné. Les secouristes m' installe dans une salle en attendant qu' il arrive. 10 minutes plus tard, une dame rentre, elle était sur le départ. Je serai la dernière me dit elle. Elle me trouve une grosse contracture à la cuisse droite...oui je sais! Phénomène de compensation avec ma cheville, soit disant! Elle masse et m' étire, ouille ouille ouille. Mais çà fait du bien. Après une douche bien chaude tout ce petit monde se quitte, il est déjà tard et on veut tous rentrer se reposer chez nous. Pas de camping ce soir s' il vous plaît.

A J+2, tout rentre dans l' ordre. Je marche normalement après un lendemain difficile. Reste les deux grosses brûlures aux aisselles, 5 par 5. La prochaine fois plus de débardeur sur si long ! Dans une semaine les bobos auront disparus, restera que le bonheur d' avoir vécue cette belle aventure.
Pour finir un merci à l' organisation.

 
Je dédicace ce 100km à ma petite Fanny, partie trop tôt et dont le courage et la volonté ne l' aura jamais lâchée. Force et honneur à ta mémoire petite sœur.

 

Karine Mérel

Crédits photos, Francine Hervier et Marc Torre